Archives du blog

Thierry Rollet – Les déceptions de l’auteur débutant

writer-1129708_1280

En tant qu’agent littéraire et parfois en tant qu’éditeur, j’ai reçu la tâche importante de lancer des auteurs débutants… et d’affronter leurs déconvenues, enfin de répondre à leurs pressantes demandes de conseils.

En effet, s’il est difficile de débuter dans tout, les débuts d’un auteur sont souvent les plus douloureux à supporter si l’on considère ce que peut représenter un livre pour son auteur : c’est son bébé, sa fierté, il y a mis ce qu’il a trouvé de meilleur en lui-même. Alors, quelles déceptions ce bébé peut parfois engendrer ! Car il est clair que franchir l’étape de la publication, pour cruciale qu’elle soit, n’est pas un aboutissement : c’est à ce moment-là, au contraire, que commence seulement la grande aventure.

Disons-le tout de suite : elle court de grands risques de débuter par un fiasco. Inutile d’en discuter les raisons : elles proviennent toutes des obscures lois du marché qui, justement, ne se discutent jamais. C’est pourquoi les méventes, voire le mépris ou, du moins, l’indifférence polie plus ou moins affichée par le public lors des séances de dédicaces, par exemple, conduisent souvent l’auteur débutant, sinon à désespérer, du moins à douter de son livre et de lui-même.

Tel est justement le piège dans lequel il ne faut jamais tomber.

Je le répète : il est inutile de se demander pourquoi les gens n’achètent pas le livre d’un débutant. La réponse la plus évidente réside dans le mot « débutant » : l’auteur est un illustre inconnu, il n’a donc, à priori, que des chances minimes de séduire le public. En vérité, c’est avec cette idée que doit partir l’auteur débutant : outre qu’il s’agit bien là d’une école de modestie, quel que soit le sentiment que l’on puisse avoir de sa propre valeur, c’est également un plongeon d’un inconnu dans un univers inconnu. Tout semble donc dit.

Non, pas vraiment tout : même un inconnu peut avoir de très heureuses surprises ! Je puis en témoigner car mon premier livre : Kraken ou les Fils de l’Océan, publié alors que j’avais tout juste 21 ans, s’est vendu à 4000 exemplaires – et continue de se vendre aujourd’hui, après une longue période d’absence sur le marché[1]. Je me souviendrai toujours des paquets de livres qui disparaissaient et des dédicaces que j’ai faites à la chaîne en librairies ! Par la suite, je n’ai jamais pu atteindre ce chiffre de ventes, même avec mon autre best-seller : Jean-Roch Coignet, Capitaine de Napoléon Ier, qui ne s’est vendu jusqu’ici qu’à 2500 exemplaires[2]. « C’est bien beau ! » me diront certains auteurs débutants dont les livres ne se sont vendus, au mieux, qu’à quelques dizaines d’exemplaires[3] ! Oui, certes, mais alors qu’est-il arrivé à ceux que je viens de citer ? Une seule réponse : ils ont eu de la chance, voilà tout.

J’ai jusqu’ici publié 44 livres et seulement une dizaine se sont « bien » vendus… et les autres avec plus ou moins de fortune. Même si j’avais reçu le Goncourt, l’ouvrage lauréat se serait vendu à un demi-million d’exemplaires… mais pas les suivants, loin de là ! Bien des lauréats de cet illustre prix pourraient l’affirmer.

Bref, même s’il s’est bien vendu, un seul livre ne lance pas une carrière. S’il se vend mal, il ne clôt pas une carrière non plus. En effet, c’est justement « carrière » qui reste le mot magique.

L’auteur débutant doit donc avoir bien présent à l’esprit que sa carrière commence seulement : il lui faut la construire et, par le fait-même, persévérer dans l’écriture et la publication. Un auteur qui publie régulièrement, même s’il vend à petites doses, a bien plus de chances d’être reconnu du public – de s’attirer un fan-club ! – que celui qui attend le succès pour continuer… et qui se désespère dans cette attente souvent vaine. Donc, auteurs débutants, ne comptez ni sur les lauriers ni sur les orties pour poursuivre votre carrière : construisez-la et, pour ce faire, écrivez sans jamais vous décourager. Tel est le meilleur conseil que je puisse vous donner.

Le roi d’Angleterre Guillaume d’Orange (1650-1702) ne disait-il pas « qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer » ? Et pourtant, il n’était pas écrivain, lui… !

Thierry ROLLET

[1] Abandonné en 1987 par les éditions Bégédis, il fut réédité en 2012 seulement par les éditions Delahaye.

[2] Il a également été cité dans la bibliographie de 7 thèses de doctorat en Histoire.

[3] Ainsi que certains des miens !

Publicités

Conseils à un(e) auteur(e) pour la promotion de son premier livre

download-1666700_1920

Vous venez de publier un livre, qui est peut-être le premier de votre vie. Votre éditeur, bien entendu, en fera la promotion, mais il souhaite que tout auteur soit lui aussi le plus actif possible dans la promo, car il est évident que la publication d’un livre est un partenariat auteur/éditeur, chacun des deux étant concerné par les ventes futures de l’ouvrage édité.

Voici donc un ensemble de conseils pour vous aider à débuter dans la promo :

  • Contactez tous les médias de votre région : journaux (même gratuits), radios, télés régionales. Demandez des exemplaires de presse à votre éditeur lorsque vous êtes sûr(e) d’obtenir un article ou une interview (ou donnez les coordonnées de votre éditeur au média concerné, pour qu’il puisse demander le SP (= service de presse = exemplaire accordé gracieusement au média en échange d’une pub).
  • Créez votre blog ou vous site Internet personnel et présentez votre livre dans un maximum de détails.
  • N’hésitez pas à écrire vous-même un (des) article(s) sur votre livre et votre parcours d’écrivain.
  • Ne négligez pas les réseaux sociaux : par exemple, créez votre compte + une page spéciale concernant votre livre sur Facebook. Demandez à un maximum de contacts d’aimer (liker) votre page. Inscrivez-vous également sur bottindulivre.info , réseau ou les professionnels du livre peuvent effectuer d’intéressants échanges d’idées.
  • Adhérez à des associations d’écrivain : la Société des Gens de Lettres ( SGDL.org ) et/ou la Maison des écrivains ( www.m-e-l.com ) : moyennant une modique cotisation annuelle, elle vous mettront au diapason du monde des écrivains et de la littérature.
  • Contactez les librairies et les bibliothèques de votre région pour leur présenter votre livre et essayer d’obtenir qu’elles le commandent. L’éditeur peut vous fournir des documents spéciaux pour la presse (affiches, dossier spécial presse). Demandez-leur si elles organisent des séances de dédicaces ou de lecture publique et, si oui, organisez-en une ou plusieurs avec les libraires et les bibliothécaires.
  • S’il existe des manifestations littéraires dans votre région (exemple : séance de lecture dans les bibliothèques), faites-vous inviter.
  • Essayez de participer à des salons du livre, dans votre région ou ailleurs. Si votre éditeur participe à un salon du livre, proposez-lui de l’accompagner.

Voilà. Ceci représente les premières démarches, celles qu’il ne faut pas négliger. Au besoin, si vous avez d’autres idées, contactez votre éditeur, demandez-lui conseil. Il est ouvert à toute suggestion.

NB : ne considérez pas forcément Amazon et la Fnac comme des étapes incontournables. Votre libraire peut y avoir un compte vendeur personnel ou y publier surtout sous format électronique. Il faut savoir que ces deux organismes ont des exigences draconiennes que beaucoup d’éditeurs de moyenne capacité (la majorité de l’édition mondiale) ne peuvent pas accepter (remise excessives, frais de port refusés, paiements des ventes tardifs, etc).

Thierry ROLLET, Agent littéraire

%d blogueurs aiment cette page :