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Le roman historique et ses règles

           Depuis quelques années déjà, le roman historique est le genre littéraire qui se place en vedette incontestée chez les libraires et les éditeurs, donc largement en tête des ventes du livre.

            Bien entendu, cela ne l’empêche pas de subir la loi du marché, à savoir que tel ou tel livre se vendra mieux ou moins bien que tel autre, sans qu’il soit possible de déterminer des chiffres d’avance.

            Néanmoins, le roman historique plaît au lectorat international : c’est un fait attesté. C’est pourquoi il est important de ne pas décevoir le public. En effet, le roman historique a ses règles, ses contraintes, ses exigences comme tout genre littéraire – on peut même affirmer que c’est ce genre-là qui en possède le plus. Bien des auteurs, désireux de profiter d’une telle occasion, ont alors composé des romans qui n’avaient d’historiques que le nom. Il est indispensable, surtout dans un tel genre littéraire, de bien comprendre à quelles difficultés on va s’attaquer.

            Ainsi, l’histoire peut être placée en vedette du roman, c’est-à-dire jouer un rôle primordial dans l’intrigue ou bien se retrouver plutôt en toile de fond. Dans le premier cas, les difficultés sont nombreuses car l’intrigue demande de solides connaissances en histoire et, ipso facto, d’avoir réuni au préalable une documentation exhaustive car l’auteur s’attachera avant tout à ne déformer ni les faits ni les personnages historiques qu’il évoque. Dans le second cas, l’histoire n’en demeure pas moins un contexte vivant, qui nécessite alors de faire évoluer des personnages fictifs dans un univers dont la vraisemblance reste attestée par les faits. Par conséquent, chacun de ces cas possède des difficultés non négligeables et que l’auteur doit absolument maîtriser.

            Par ailleurs, le style doit lui aussi faire l’objet d’une évidente maîtrise. En effet, la difficulté – on peut même dire : l’art de l’écrivain – consiste ici à savoir mêler intelligemment les faits ou le contexte historique à son intrigue, sans montrer aucun pédantisme qui donnerait au lecteur l’impression que l’auteur se mue en professeur ou en conférencier. L’histoire doit faire partie de l’intrigue et non être ajoutée par-dessus elle. Telle est effectivement la principale erreur que j’ai constatée, en tant qu’agent littéraire, dans des manuscrits de romans historiques qui m’avaient été confiés pour analyse : soit l’auteur interrompait sa narration pour y mélanger des rappels historiques, soit son roman devenait un traité d’histoire et n’avait ainsi plus grand-chose de romanesque.

            S’il est malgré tout indispensable de mentionner des faits ou de préciser un contexte en dehors de la narration – chaque auteur étant alors libre de son ressenti sur la question –, on peut avoir recours aux notes de bas de page – pas trop longues ! – ou à un avant-propos destiné à éclairer la situation, l’environnement du roman. Mais par la suite, la narration romanesque doit rester primordiale. Un mariage harmonieux entre roman et histoire sera ainsi assuré et l’auteur saura alors faire preuve d’une discrète érudition quant aux faits et au contexte mentionnés ; en effet, rien ne peut plus indisposer le lecteur qu’une érudition encyclopédique beaucoup trop affichée[1] !

            Auteurs férus d’histoire, un gros travail vous attend donc.

Bon courage !

Thierry ROLLET

 

[1] C’est un reproche qui a souvent été fait à Jules Verne, notamment dans 20000 lieues sous les mers où l’auteur fait trop souvent étalage de ses connaissances en biologie marine : on les dirait directement recopiées dans un dictionnaire !

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