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Le plagiat, qu’est-ce que c’est au juste ?

On se pose souvent la question : qu’est-ce que le plagiat ? Littéralement, cela consiste pour un auteur « à donner pour sien ce qu’il a pillé chez autrui » (Larousse). Oui, certes, si un auteur se permet de publier sous son nom le texte intégral d’un autre, c’est un plagiaire. Cependant, on peut encore se demander si les idées (sans les textes) peuvent légalement passer pour un plagiat quand deux auteurs utilisent les mêmes, quitte à les remettre chacun à leur sauce personnelle.

Pour ma part, je pense que non car, dans ce cas, on n’en finirait plus de se plaindre et de condamner !

Je voudrais citer un exemple concret : à mon avis, par exemple, le Dragon des Fenstone (une aventure de Bob Morane) de Henri Vernes est la copie conforme (dans les grandes lignes) du Chien des Baskerville de Conan Doyle. Ainsi :

Le Chien des Baskerville le Dragon des Fenstone
L’histoire se passe dans une région marécageuse d’Angleterre L’histoire se passe dans les Everglades, une région marécageuse de Floride
Une malédiction pèse sur la famille Baskerville Une malédiction pèse sur la famille Fenstone
Un chien « issu de l’enfer » menace les Baskerville Un dragon « issu de l’enfer » menace les Fenstone
Un grand chien est dressé et grimé pour le rendre plus terrifiant Un grand boa est dressé et on lui ajoute des accessoires pour en faire un dragon
Sir Henry Baskerville est sauvé à la fin par Sherlock Holmes et Watson Lord Fenstone est sauvé à la fin par Bob Morane et Bill Ballantine
Les coupables sont les Stapleton, bâtards de la famille Baskerville, qui voulaient accaparer sa fortune Le coupable est le frère cadet de Lord Fenstone, qui voulait accaparer sa fortune

Si le plagiat considère aussi les idées, Henry Vernes aurait pu être condamné. À ma connaissance, il ne l’a jamais été, Dieu merci. Donc, on n’a pas dû considérer qu’il y avait plagiat.

C’est peut-être moins évident qu’on ne le croit… à voir !

Thierry ROLLET

Thierry Rollet – Les déceptions de l’auteur débutant

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En tant qu’agent littéraire et parfois en tant qu’éditeur, j’ai reçu la tâche importante de lancer des auteurs débutants… et d’affronter leurs déconvenues, enfin de répondre à leurs pressantes demandes de conseils.

En effet, s’il est difficile de débuter dans tout, les débuts d’un auteur sont souvent les plus douloureux à supporter si l’on considère ce que peut représenter un livre pour son auteur : c’est son bébé, sa fierté, il y a mis ce qu’il a trouvé de meilleur en lui-même. Alors, quelles déceptions ce bébé peut parfois engendrer ! Car il est clair que franchir l’étape de la publication, pour cruciale qu’elle soit, n’est pas un aboutissement : c’est à ce moment-là, au contraire, que commence seulement la grande aventure.

Disons-le tout de suite : elle court de grands risques de débuter par un fiasco. Inutile d’en discuter les raisons : elles proviennent toutes des obscures lois du marché qui, justement, ne se discutent jamais. C’est pourquoi les méventes, voire le mépris ou, du moins, l’indifférence polie plus ou moins affichée par le public lors des séances de dédicaces, par exemple, conduisent souvent l’auteur débutant, sinon à désespérer, du moins à douter de son livre et de lui-même.

Tel est justement le piège dans lequel il ne faut jamais tomber.

Je le répète : il est inutile de se demander pourquoi les gens n’achètent pas le livre d’un débutant. La réponse la plus évidente réside dans le mot « débutant » : l’auteur est un illustre inconnu, il n’a donc, à priori, que des chances minimes de séduire le public. En vérité, c’est avec cette idée que doit partir l’auteur débutant : outre qu’il s’agit bien là d’une école de modestie, quel que soit le sentiment que l’on puisse avoir de sa propre valeur, c’est également un plongeon d’un inconnu dans un univers inconnu. Tout semble donc dit.

Non, pas vraiment tout : même un inconnu peut avoir de très heureuses surprises ! Je puis en témoigner car mon premier livre : Kraken ou les Fils de l’Océan, publié alors que j’avais tout juste 21 ans, s’est vendu à 4000 exemplaires – et continue de se vendre aujourd’hui, après une longue période d’absence sur le marché[1]. Je me souviendrai toujours des paquets de livres qui disparaissaient et des dédicaces que j’ai faites à la chaîne en librairies ! Par la suite, je n’ai jamais pu atteindre ce chiffre de ventes, même avec mon autre best-seller : Jean-Roch Coignet, Capitaine de Napoléon Ier, qui ne s’est vendu jusqu’ici qu’à 2500 exemplaires[2]. « C’est bien beau ! » me diront certains auteurs débutants dont les livres ne se sont vendus, au mieux, qu’à quelques dizaines d’exemplaires[3] ! Oui, certes, mais alors qu’est-il arrivé à ceux que je viens de citer ? Une seule réponse : ils ont eu de la chance, voilà tout.

J’ai jusqu’ici publié 44 livres et seulement une dizaine se sont « bien » vendus… et les autres avec plus ou moins de fortune. Même si j’avais reçu le Goncourt, l’ouvrage lauréat se serait vendu à un demi-million d’exemplaires… mais pas les suivants, loin de là ! Bien des lauréats de cet illustre prix pourraient l’affirmer.

Bref, même s’il s’est bien vendu, un seul livre ne lance pas une carrière. S’il se vend mal, il ne clôt pas une carrière non plus. En effet, c’est justement « carrière » qui reste le mot magique.

L’auteur débutant doit donc avoir bien présent à l’esprit que sa carrière commence seulement : il lui faut la construire et, par le fait-même, persévérer dans l’écriture et la publication. Un auteur qui publie régulièrement, même s’il vend à petites doses, a bien plus de chances d’être reconnu du public – de s’attirer un fan-club ! – que celui qui attend le succès pour continuer… et qui se désespère dans cette attente souvent vaine. Donc, auteurs débutants, ne comptez ni sur les lauriers ni sur les orties pour poursuivre votre carrière : construisez-la et, pour ce faire, écrivez sans jamais vous décourager. Tel est le meilleur conseil que je puisse vous donner.

Le roi d’Angleterre Guillaume d’Orange (1650-1702) ne disait-il pas « qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer » ? Et pourtant, il n’était pas écrivain, lui… !

Thierry ROLLET

[1] Abandonné en 1987 par les éditions Bégédis, il fut réédité en 2012 seulement par les éditions Delahaye.

[2] Il a également été cité dans la bibliographie de 7 thèses de doctorat en Histoire.

[3] Ainsi que certains des miens !

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