Vains écrits d’écrivains, par Thierry Rollet

Pour ma part, j’ai toujours été surpris de constater que les auteurs les plus prisés par le public – ceux que l’on a coutume d’appeler les « auteurs reconnus » – sont ceux qui publient des romans de littérature populaire, voire de paralittérature.

Mais si, bien sûr, c’est surprenant. Pourquoi ? Parce qu’un grand lecteur n’est pas un lecteur de n’importe quoi. C’est avant tout celui qui pratique une démarche suffisamment intellectuelle pour affiner son esprit critique, ce qui lui permet d’apprécier les auteurs et leurs écrits à leur juste valeur.

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Un tel lecteur peut, bien entendu, avoir envie de se distraire en lisant des ouvrages populaires ou à la mode. Il fut un temps où le roman Da Vinci code avait lancé la mode du récit « para-évangélique », où il s’agissait de remettre les Évangiles au goût du jour en faisant de Jésus-Christ et de Marie-Madeleine le nouveau couple à la mode, avec tout ce qui peut en découler. Puis, on en revint aux situations sociales et internationales désespérément ordinaires : le suicide, les maladies mystérieuses… pour les accompagner finalement d’une sauce plus ou moins fantastique : la mort n’est plus la mort, les revenants sont monnaie courante dans notre civilisation, où l’expression « refaire sa vie » reprend tout son sens littéral… En vérité, c’est finalement la mort qui semble le sujet le plus prisé des « auteurs reconnus ».

Ils ont donc cherché la solution de facilité en voulant, non pas éduquer, non pas instruire mais simplement amuser leurs lecteurs avec des recettes faciles. Non contents de s’en tenir là, ils ont pris de notables libertés avec la grammaire, l’orthographe et même le lexique, inventant sans cesse des néologismes qui sont ainsi entrés de force dans les dictionnaires (« pipeauter », « raver », « halluciner »…) et ignorant superbement le vrai sens de certains termes – tel « morbide » que l’on veut à toute force considérer comme un synonyme de « mortuaire » alors qu’il signifie « maladif » : une des conséquences des « romans mortuaires » actuels.

C’est donc avec un profond regret que j’affirme que des « auteurs reconnus » tels Musso, Lévy, Grangé, Chattam – et j’en passe ! – auraient été refusés par les Éditions du Masque d’Or, en tant qu’usagers de sujets faciles et d’une langue sans plus de recherche ni d’exactitude.

Le Masque d’Or préfère ses petits auteurs, mieux inspirés et qui savent ainsi défendre et protéger une littérature de qualité. Je constate qu’il en est de même des Éditions Dédicaces car c’est décidément au Québec que l’on défend le mieux la langue française et, par le fait même, la création littéraire francophone.

Thierry ROLLET

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À propos de thierryrollet

Je suis écrivain, agent littéraire et éditeur.

Publié le 5 juillet 2016, dans La profession d'écrivain, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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